En route pour la gloire ! L’escadron guillotine, de Guillermo Arriaga

Publié le par Yan

9782757811122.jpgFeliciano Velasco y Borbolla de la Fuente, diplômé en droit, issu d’une famille aristocratique de Mexico est fier de lui : il a mis au point une formidable guillotine, la quintessence de la machine à étêter. Et c’est donc empli de fierté – et de l’espoir de faire une bonne vente – qu’en ce jour de 1914 il vient avec ses deux assistants présenter son bijou au général Pancho Villa. Immédiatement séduit par le pouvoir symbolique de ce formidable engin, le révolutionnaire accepte de l’acheter. Mais pas en pesos sonnants et trébuchants. Non, en permettant à Feliciano Velasco et à ses assistants de rejoindre son armée. Soucieux de ne pas vexer le général atrabilaire, les trois jeunes hommes se trouvent donc enrôlés de force pour former l’ « escadron Guillotine de Torreón » au sein de l’armée de la Révolution.

Entraîné par le courant de l’Histoire, Velasco, malgré sa lâcheté et son peu d’entrain à frayer avec une armée de paysans qui en ont après ses semblables, espère bien que son aventure lui apportera la gloire.

Conte philosophique noir et burlesque, L’escadron guillotine, nous démontre une fois encore combien Guillermo Arriaga est un grand raconteur d’histoires. Et même d’Histoire, en nous entraînant à la suite de Velasco sur les pas de Pancho Villa et Emiliano Zapata. C’est une vision singulière de ces personnages historiques et de leurs motivations qui nous est offerte là avec des scènes tantôt cocasses, tantôt glaçantes, et souvent les deux à la fois. On y reconnaît le style iconoclaste de l’auteur, mais on aurait tort de s’en tenir là.

L’escadron guillotine est aussi une réflexion cruelle sur le désir, sur le recherche de reconnaissance, et sur la culpabilité. Sur la marche de l’Histoire et sur ceux qu’elle piétine au passage. Guillermo Arriaga, par bien des aspects, n’est pas sans rappeler Italo Calvino. Son style classique et sans fioriture laisse la place à une histoire qui défile tout naturellement et que l’on pourrait imaginer contée au coin du feu.

C’est un roman simple et profond, noir et drôle. Je vous invite chaudement à partir à la découverte de Velasco, tiraillé entre l’idée, dictée par sa morale et son éducation, de défendre ses pairs amenés à passer sous le fil de sa monstrueuse machine, et son amour pour la redoutable efficacité de ladite machine. Au passage, les amateurs de littérature américaine du 19ème siècle, apprendront tout sur la fin d’Ambrose Bierce ; rien que cela vaut le détour.

Guillermo Arriaga, L’escadron guillotine, Phébus, 2004. Rééd. Points Roman noir, 2009.Traduit par François Gaudry.

Du même auteur sur ce blog : Un doux parfum de mort

Publié dans Noir latino-américain

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Jean-Marc Laherrère 16/08/2011 10:52


Je savais que tu aimerais !


Yan 16/08/2011 11:58



J'ai adoré, même.