Coupe fin : La confrérie des mutilés, de Brian Evenson

Publié le par Yan

la-confrerie-des-mutiles.jpgC’est une récente chronique de One More Blog In The Ghetto qui m’a poussé à lire ce drôle de bouquin.
Enfin… drôle… Certainement, mais pas toujours. Il faut dire que l’intrigue est pour le moins originale. Kline est un détective. Ou plutôt Kline était un détective. Jusqu’à l’affaire du « gentleman au hachoir ». Il a débarrassé le monde de ce tueur mais y a laissé sa main droite. Une amputation d’autant plus traumatisante que Kline à dû cautériser lui-même cette blessure sur un réchaud à gaz. Alors, bien entendu, la presse a parlé de l’affaire. Et, alors qu’il se laisse peu à peu mourir de dépression dans son appartement, Kline est enlevé par deux drôles de types qui veulent qu’il résolve une affaire. Membres d’une secte qui pratique l’amputation à but religieux, ils veulent que le détective trouve le meurtrier de leur guide. Pas assez amputé pour pouvoir s’adresser aux membres les plus importants de la confrérie, Kline doit enquêter sans voir de cadavre ni de scène de crime et sans pouvoir interroger quiconque… à moins de sacrifier quelques membres.

Avec un tel point de départ, on peut s’attendre au pire, et on a raison. Suivre Kline dans cette enquête en devient physiquement douloureux tant le propos est explicite. Pas forcément gore, car Evenson est bien plus fin que ça et réussit à nous faire visualiser bien des choses que l’on aimerait ne pas voir par la grâce de quelques mots bien choisis, ce roman est toutefois épouvantable.
On pénètre dans un antre de la folie placé sous le signe du grand guignol avec l’appui d’un humour que l’on ne peut que qualifier de pince (monseigneur, en l’occurrence) sans rire. Ainsi en va-t-il des discussions théologiques sur le comptage des amputations : dans une confrérie où plus on a subi d’amputation plus on est important, la question est essentielle : quelqu’un qui s’est fait couper un bras vaut-il moins que celui qui s’est fait couper deux doigts ? À ce titre les discussions entre Gous et Ramse, les ravisseurs de Kline, véritables Dupond et Dupont façon puzzles humains, ne peuvent que vous arracher, au minimum et sans anesthésie, un rire jaune.
Sans doute faut-il voir dans ce roman vraiment atypique écrit par un ancien mormon en rupture totale avec son Église, une parabole sur la religion en général et sur la sienne en particulier. Tout au plus regrettera-t-on une certaine baisse de rythme sur la fin, mais voilà un livre qui mérite d’être lu tant, sous cet aspect rude, il se révèle intelligent et obsédant. À lire à jeun, cependant.

Brian Evenson, La confrérie des mutilés (The Brotherhood of Mutilation, 2006), Le Cherche Midi, 2008. Rééd. 10/18, 2010. Traduit par Françoise Smith.

Du même auteur sur ce blog : La langue d'Altmann.

Publié dans Noir américain

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La Ruelle bleue 04/02/2012 18:55

Mille excuses Yan... J'ai eu connaissance de ton article par "La Petite souris" qui partageait ton article sur Facebook et comme vous êtes sur la même plate-forme de blog, j'ai cru jusqu'au bout
que j'étais chez Bruno...

Yan 04/02/2012 19:21



Y'a pas d'quoi! Je croyais que tu répondais à Bruno qui venait de faire un commentaire et me suis mêlé à la conversation.



La Ruelle bleue 04/02/2012 10:53

Bonjour Bruno ! J'ai lu ce livre quand il est sorti et j'avais beaucoup aimé. Je trouvais ça osé, un côté gore qui se caractérisait plus par son cynisme que par le spectaculaire... Mais je viens de
lire du même auteur "Baby leg" qui vient de paraître au Lot 49 et j'avoue que j'ai été très déçue. Il surfe sur la même vague, avec un côté encore plus absurde et grotesque, mais ça devient très
lassant...

Yan 04/02/2012 17:49



Ce n'est pas la première critique plutôt négative que je vois à propos de ce Baby leg. Je continuerai donc avec Inversion dont on me dit tant de bien.



La petite souris 04/02/2012 09:07

voilà un roman qui vousfait vous tortiller sur votre chaise tant le malaise est palpable, grandissant, écoeurant. Mais quel bouquin ! Pour ma part j'ai adoré ! Il en vaut pas mal pour lesquels ya
pas de quoi s'arracher un bras ! ^^

Yan 04/02/2012 17:48



Oui, c'est vraiment bien fichu avec une ambiance opressante et malgré tout un coté vraiment amusant.



One More Blog in the Ghetto 17/01/2012 18:40

Merci pour la citation.
Comme je l'ai déjà dit par ailleurs, à mon goût, "Inversion" du même auteur est encore meilleur.
Amitiés

Yan 17/01/2012 19:13



Oui, tu me l'avais dit, mais j'avais déjà commandé La confrérie chez Bibliosurf. Tout le monde, d'ailleurs, me vante Inversion. Je vais donc finir par le lire. Merci à toi pour la chronique qui
m'a donnée envie.


Amitiés



christophe 17/01/2012 18:35

Oui, un excellent roman, une première partie superbe, qui pourrait presque se suffire à elle-même et un livre étonnant, dérangeant (il y a une sacrée scène de striptease), surréaliste, puissant…
qui fut une des grandes claques de 2008

Yan 17/01/2012 19:15



Ah! Le strip-tease! Fantastique! Le premier livre depuis longtemps (à l'exception d'un Bauwen pour d'autres raisons) qui soit venu hanter mon sommeil.