Bad City Blues, de Tim Willocks

Publié le par Yan

Badcityblues-copie-1.jpgDe Tim Willocks, je n’avais lu jusqu’à présent que le monumental La Religion. Je n’aime en général pas particulièrement le roman historique et j’ai encore plus de mal quand on y mêle de l’ésotérisme. Pourtant, Willocks m’a très vite emporté dans son histoire, parfaitement maîtrisée et particulièrement addictive. J’étais donc curieux de découvrir sa facette d’auteur de roman noir et, tant qu’à faire, j’ai décidé de commencer par ce Bad City Blues dont on m’avait dit beaucoup de bien.

Bad City Blues, c’est une histoire de famille. Callie, une ex-prostituée accro à la cocaïne s’est mise à la colle avec Luther Grimes, un ancien militaire reconverti dans le trafic de drogue vivant au fin fond du bayou, afin de braquer la banque appartenant à son bigot de mari. Mais Callie n’est pas à une trahison près et fréquente aussi Cicero Grimes, psychiatre torturé qui rêve de se venger de son frère. Tout aurait sans doute pu se passer relativement sans accro, pour reprendre les préceptes d’Hannibal Smith (on a les références que l’on peut), si le capitaine Jefferson, le flic le plus pourri et le plus sadique de la Nouvelle-Orléans, n’avait eu vent de la combine et ne désirait faire main-basse sur le pactole.

En fin de compte, Bad City Blues accumule les poncifs du bon vieux thriller : une femme fatale, des frères ennemis qui sont de véritables machines à tuer (l’un est un vétéran du Vietnam, l’autre une espèce de psy champion de karaté), une ordure de première particulièrement cruelle, un lourd passé… de quoi enchaîner les rebondissements et, pourquoi pas, une bonne demi-douzaine de twists finaux.

Intelligemment, Tim Willocks se défait de ce carcan et évite l’écueil du thriller vu et revu. En se concentrant sur la haine que Cicero Grimes porte à son frère et sur le quasi huis-clos dans lequel, pendant une bonne partie du livre, il est opposé à Jefferson, il passe l’intrigue autour du braquage et du partage du butin en second plan. Cette intrigue n’est en fait que prétexte à présenter cette galerie de personnages perturbés et à les opposer au mieux les uns aux autres. Une opposition violente jusqu’à l’écœurement. Car Willocks, s’il se penche en bon psychiatre sur la psyché de ses « héros » ne nous épargnera rien non plus des l’influence des circonstances et de cette psyché sur leurs corps et leurs fonctions organiques. Foutre, pisse, sang, merde, chirurgie improvisée (dans une scène à la fois saisissante et difficile à lire tant elle s’attarde sur les détails les plus écœurants), sont au rendez-vous du début à la fin.

Willocks mène plutôt bien sa barque et arrive dans une certaine mesure à captiver le lecteur pour peu qu’il ait l’estomac assez bien accroché. Toutefois, il ressort aussi un certain sentiment de vacuité à cette lecture. Cela tient sans doute au fait que, malgré une apparente plongée dans l’âme noire de ces personnages, on a au bout du compte l’impression que l’auteur reste à la surface et camoufle cette carence par le biais, justement, de cette utilisation à outrance de la description des corps et de ce qu’ils produisent. Finalement, si la lecture s’avère tout à fait agréable, il n’en demeure pas moins que le tout manque de fond et apparaît comme un exercice un peu vain malgré cette trame relativement prenante.

Tim Willocks, Bad City Blues (Bad City Blues, 1991), L’Olivier, 1999. Rééd. Points Roman noir, 2007. Traduit par Élisabeth Peellaert.

Publié dans Noir britannique

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dominque 04/04/2012 09:35

j'attend ton avis

dominque 03/04/2012 18:49

cool, putain ca fait un bail que je les ai lu, mais ils se suivent certain, là je viens de me taper christopfer goffard la balance chez rivages, c'est excellent

Yan 03/04/2012 20:41



Je vais le lire, celui-ci.



dominque 03/04/2012 18:28

quoi
t'avais pas lu les autres
mecreant va !!!

Yan 03/04/2012 18:48



J'y vais petit à petit. J'ai L'odeur de la haine et Road dog dans ma pile.