Dans la gueule de l’ours, de James A. McLaughlin

Publié le par Yan

Rice Moore a un peu menti sur son CV pour obtenir le poste de gardien de la réserve naturelle de Turk Mountain, dans les Appalaches. Il avait ses raisons et en particulier le fait que sa tête soit mise à prix par un cartel mexicain. Il essaie donc de se faire oublier dans ces montagnes, vit dans un bungalow à trois kilomètres de la route la plus proche, relève diverses données sur la faune et la flore, entretien le matériel… jusqu’au jour où un mystérieux manchot ramasseur de champignon l’emmène jusqu’à la carcasse d’un ours. Des braconniers ont tué l’animal pour lui prendre sa vésicule et ses pattes. Rice décide de démasquer ceux qui ont fait ça. Au risque de se mettre à dos une fratrie de crétins qui aime chasser l’ours et, surtout, de s’exposer plus qu’il ne devrait.

Rien de nouveau sous le soleil a priori. Le héros ombrageux que poursuit un sombre passé viendra-t-il à bout de l’adversité ? Sauvera-t-il les ours ? Trouvera-t-il la rédemption ? Et aussi l’amour, tant qu’à faire ? C’est peu dire qu’on a abordé ce roman avec circonspection, mais bon, on prenait le train et on voulait lire un livre de poche.

Surprise : il y a à peu près tout ce à quoi on s’attendait dans ce livre mais il y a aussi quelque chose en plus. Cela tient d’abord à la manière dont James A. McLaughlin décrit la nature. Immense, écrasante même, elle est un espace de liberté mais aussi un lieu dans lequel on s’enferme. McLaughlin joue subtilement sur les sensations contradictoires qu’elle provoque et, ce faisant il installe une tension qui ne se relâchera vraiment que dans les ultimes pages. Il y a ensuite une intrigue qui, pour ténue et classique qu’elle soit, est menée efficacement. Et il y a enfin quelques vrais morceaux de bravoure. On se souviendra longtemps de ces moments où Rice en vient à tellement faire corps avec la nature, à tant vouloir s’y fondre, qu’il manque de s’y faire happer. Ces pages dans lesquelles le personnage chemine au bord de la folie, sont proprement saisissantes et sans doute, parce qu’elles sont patiemment amenées aussi, permettent de donner à Rice mais aussi au roman dans son ensemble une épaisseur, une puissance, que la seule intrigue polardo-écologique n’aurait pas suffit à lui offrir.

Aucun regret, donc, en fin de compte. Mieux : en refermant le livre, on se surprend à se dire qu’on aurait bien aimé qu’il dure un peu plus.  

James A. McLaughlin, Dans la gueule de l’ours (Bearskin, 2018), Rue de l’Échiquier, 2019. Rééd. J’ai Lu, 2021. Traduit par Brice Matthieussent. 411 p.

 

Publié dans Noir américain

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