Un traître à notre goût, de John le Carré

Publié le par Yan

untraitre.jpg« Explosif et haletant », semble avoir écrit, à propos de ce roman, un critique du Monde repris en quatrième de couverture. Si « explosif » est un terme qui peut éventuellement se discuter, dans le sens où  le Carré peut révéler par le biais de la fiction des informations « explosives » (que tout un chacun peut cependant trouver régulièrement dans la presse), « haletant » est plus problématique. Car s’il est un romancier qui n’écrit pas des histoires haletantes, c’est bien le Carré, et plus encore depuis quelques années déjà, où il tend à axer ses romans plus sur l’intimité de ses personnages que sur l’intrigue.

Et Un traître à notre goût est bien de cette eau là qui raconte comment un couple de jeunes anglais aisés (Perry enseigne à Oxford, Gail est avocate) se trouve par la force des circonstances obligé de jouer les intermédiaires entre un mafieux russe spécialisé dans le blanchiment d’argent prêt à trahir son organisation et les services secrets britanniques.

Plus qu’une plongée au cœur du crime organisé russe, des réseaux internationaux de blanchiment ou de l’espionnage anglais en pleine recomposition depuis la fin de la guerre froide et le 11 septembre 2001, ce que nous propose John le Carré, c’est de nous attarder sur les atermoiements, entre désir de se protéger, d’aider ou de retrouver un tant soit peu d’estime de soi de ses personnages. On avance ainsi au rythme des états d’âme de chacun des protagonistes. Perry, tombé sous le charme de Dima, l’exubérant criminel, Gail qui s’attache à Natasha, la fille de Dima, Luke l’espion placardisé, humilié, dont le couple bat de l’aile et qui veut à nouveau pouvoir être fier de lui et donner à son fils une meilleure image, Hector, le chef espion revanchard déterminé à faire un retour tonitruant et à mettre sa hiérarchie dos au mur.

En fin de compte, l’intrigue reste donc accessoire et les détails du marché qu’entend passer Dima avec les Britanniques demeurent finalement assez flous, esquissés, au profit des relations qui se nouent entre les deux camps et entre Perry et Gail, personnages centraux, et chacun des camps en question. Certes, le passage prévu de Dima en Angleterre instille le suspens nécessaire au roman d’espionnage et donne un certain rythme au récit, mais c’est bien la description de cet ensemble de relations humaines, faites de confiance accordée et de trahisons qui est le sel de cet ouvrage.

Alors, ni explosif, ni haletant, Un traître à notre goût est surtout un beau roman désabusé sur la trahison des idéaux portés par un pays en même temps qu’un beau livre sur l’amitié qui se forge face à l’adversité.  Un bon cru de le Carré.

John le Carré, Un traître à notre goût (Our Kind of Traitor, 2010), Seuil, 2011. Rééd. Points, 2012. Traduit par Isabelle Perrin.

 

Du même auteur sur ce blog : Chandelles noires ;

Publié dans Espionnage

Commenter cet article

gridou 13/05/2012 16:11

Je n'en ai pas lu d'autres alors j'ai du mal à dire si c'est un bon cru par rapport aux autres...en tout cas si c'est un bon cru alors JLCarré n'est pas un auteur pour moi, je n'ai pas aimé.
Pour ce qui est de "ni explosif ni haletant" je suis d'accord.

Yan 13/05/2012 16:12



Oui, incontestablement il fait partie du haut du panier des romans de le Carré. Si tu n'as pas accroché, tu peux passer les autres.



christophe 13/05/2012 16:09

Oui, un excellent roman... une nouvelle partie de Tennis, cher ami ?

Yan 13/05/2012 16:11



Non. Moi c'est pelote basque, ça limite les risques de tomber sur un gangster russe.