Voodoo Child : Tonton Clarinette, de Nick Stone

Publié le par Yan

tonton-clarinette-10.jpg« Il avait une vision très claire de son avenir, d’ici un an ou deux. Il habiterait un meublé miteux au papier peint pollué, envahi de hordes de cafards pugnaces, avec, placardée au dos de la porte, une liste de consignes draconiennes en espagnol boiteux, écrites à la main par un proprio à demi illettré ».

Ancien flic, ancien détective, Max Mingus rentre à Miami après avoir purgé à Rikers Island une peine de huit ans de prison pour meurtres. Max n’a plus rien, pas même sa femme, morte durant sa détention, et ne peut se résoudre à rentrer chez lui pour contempler l’énorme gâchis qu’est sa vie. C’est pourquoi il finit par accepter l’offre d’un millionnaire haïtien qui le harcèle depuis plusieurs mois, jusqu’en prison, pour qu’il retrouve son fils, disparu deux ans auparavant.

De l’extrême pauvreté aux mutilations les plus horribles en passant par les disparitions d’enfants, Max Mingus va s’enfoncer dans les ténèbres d’Haïti, où se heurtent le monde des morts et celui des vivants, où la vie humaine ne semble pas valoir grand-chose, où le poids de l’histoire pèse comme une chape de plomb et où perdre son âme est une option tout à fait envisageable.

C’est donc un voyage éprouvant que va faire Max Mingus. Et nous avec. Car suivre ce privé dur à cuire mais aussi désespéré, bourré de contradictions assumées et complètement faillible, n’est pas de tout repos. De cul de sac en fausses pistes, de cérémonies vaudoues en scène saisissantes croquant l’extrême pauvreté de ce pays abandonné du monde avec un réalisme qui nous saute à la figure comme un direct du droit, on s’enfonce avec Max aux frontières de l’humainement supportable et du surnaturel.

Nick Stone n’est pas tendre avec son héros, ni avec son lecteur. Encore moins envers ceux, des Duvalier et leurs tontons macoutes à Aristide et aux USA et à l’ONU, qui ont fait d’Haïti un des cercles de l’enfer. Éprouvant et pourtant impossible à lâcher dès que le cadre de l’histoire a été posé, Tonton Clarinette est un premier roman magistralement conduit, puissant, implacable.

Le deuxième livre de Nick Stone, Voodoo Land, qui prend place à Miami au début des années 1980 avec un Mingus alors encore policier, est, paraît-il, encore meilleur. On ne demande qu’à voir !

Nick Stone, Tonton Clarinette, Gallimard, Série Noire, 2008. Rééd. Folio Policier, 2011. Traduit par Marie Ploux et Catherine Cheval.

Du même auteur sur ce blog : Voodoo Land ; Cuba Libre ;

Publié dans Noir britannique

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Pecosa 19/05/2012 20:27

Les romans de Smart-Bell sont remarquables, c'est Saint-Domingue 1791 comme si vous y étiez. Ce qui m'a plu chez Stone, c'est qu'il lie d'une manière pertinente le passé de son île avec Haïti
aujourd'hui, et que, comme tu le soulignes, sa connaissance de la culture créole lui permet de s'affranchir des clichés ou des discours misérabilistes qu'on a l'habitude de lire.

Pecosa 19/05/2012 17:05

Définitivement un de mes romans préférés sur Haïti avec la trilogie de Smart-Bell et qui fait oublier les pages les plus agaçantes d'Underworld U.S.A. Merci Yan.

Yan 19/05/2012 19:23



Je ne connais pas Smart Bell, mais tu éveilles ma curiosité. Stone a en effet pour lui une connaissance assez intime d'Haïti qui lui permet d'en ressortir des visions à la fois hallucinées et
réalistes quand Ellroy se complait dans le grotesque. Pour l'anecdote, après avoir lu Tonton Clarinette, j'ai eu l'occasion de partager un (long) apéritif avec Nick Stone au Festival Toulouse
Polar du Sud : il m'a raconté quelques anecdotes assez incroyables sur sa tante (ou grand-mère, ou grand-tante, je ne sais plus) qui faisait le ménage au palais présidentiel de Duvalier, et il
m'a aussi dit tout le mal qu'il pensait en effet de la vision d'Haïti qu'avait Ellroy.



Nico 19/02/2012 18:13

Il a l'air intéressant mais j'ai comme l'impression que c'est plus un roman noir qu'un polar à proprement parler, avec une intrigue et du suspense. Je suis en effet moins fan des romans noirs,
d'ailleurs je n'apprécie pas trop Ellroy, avec lequel tu le compares.

Yan 19/02/2012 18:33



Les frontières entre les genres ou sous-genres sont bien fines et mouvantes. Tonton Clarinette, par exemple, est autant un roman noir d'ambiance qu'un polar plus classique et même un
thriller. Il en est de même de Voodoo Child. Le mieux que je puisse te recommander, si tu as peur de ne pas accrocher, c'est de le trouver en bibliothèque ou d'attendre sa sortie en
poche.



Nico 19/02/2012 11:42

Beaucoup apprécié ce roman, très prenant, instructif et terrifiant, lorsqu'on en sait plus sur la vie des Haïtiens. Un incontournable.

Yan 19/02/2012 17:28



Tout à fait. Dans un style différent, le roman suivant, Voodoo Land vaut aussi le coup d'oeil.



SANDRINE 22/08/2011 17:33


Merci beaucoup pour ce conseil de lecture, un conseil en or massif . j'ai adoré .Un seul hic : ça m'a donné envie de goûter le barbancourt ... ;D


Yan 23/08/2011 11:44



Je suis content que ce livre vous ait plu. Quant au Barbancourt, cela m'a aussi donné envie maiss je n'en ai pas encore trouvé.