Les hommes t’ont fait du mal, d’Ernesto Mallo

Publié le par Yan

les hommes t'ont fait du malPerro Lascano est revenu de tout. De la dictature, des règlements de comptes de la transition démocratique et même d’une histoire d’amour avortée. Mais le temps de la retraite a sonné pour le plus grand soulagement des supérieurs du flic intègre et opiniâtre. Jusqu’à ce qu’une richissime cousine éloignée demande à Perro d’enquêter sur la disparition des années plus tôt, a Mar del Plata, de sa fille, retrouvée assassinée, et de sa petite fille qui semble s’être volatilisée.

Le titre de ce troisième volet des enquêtes de Lascano en dit déjà beaucoup sur ce que l’on va y trouver. Plus encore que dans L’aiguille dans la botte de foin et Un voyou argentin, Ernesto Mallo va dresser ici de beaux portraits de femmes. Fortes, désespérées, manipulées, violentées… ce sont elles qui donnent sa chair à cette histoire. Avec bien sûr, en contrepoint, une belle galerie de salauds. Maquereaux, braqueurs, mafieux, policiers corrompus et simples types ordinaires dépassés se pressent autour de ces femmes et se lèvent face à un Lascano dont l’arrivée à Mar del Plata n’est pas sans rappeler celle de l’homme sans nom dans la petite ville de Pour une poignée de dollars. Avec d’ailleurs plus ou moins les mêmes effets.

Madré, Perro Lascano joue en effet à merveille de son statut de flic retraité et isolé pour pousser lentement et efficacement ses pions et jouer des rivalités qui tiraillent la pègre locale. Avec aussi malgré tout – et cela confère sa noirceur au roman – la conscience claire de ne pas pouvoir pour autant changer le monde.

« Il enclenche la première et s’immisce dans la course que se livrent les véhicules sur la Costanera. Mais Lascano ne court pas contre eux, il court contre l’infamie du monde, des hommes, et il a bien l’intention de les battre, même s’il ne s’agit là que d’une infime bataille. »

Sans effets superflus, avec une louable économie dans l’écriture, Ernesto Mallo cisèle une intrigue sombre et violente dans un pays dans lequel les démons du passé dictatorial ont laissé la place à ceux qui ont toujours été là, au crime organisé avec la bénédiction des autorités et dont les premières et quasiment seules victimes sont les plus faibles ; ceux qui n’ont pas les moyens d’y échapper.

Voilà donc un nouveau roman qui poursuit avec bonheur le voyage commencé avec L’aiguille dans la botte de foin et dont on espère qu’il continuera d’aussi belle manière.

Ernesto Mallo, Les hommes t’ont fait du mal (Los hombres te han hecho mal, 2011), Rivages/Noir, 2014. Traduit par Olivier Hamilton.

Du même auteur sur ce blog : L’aiguille dans la botte de foin ; Un voyou argentin ;

Publié dans Noir latino-américain

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