Highway to hell : Drive, de James Sallis

Publié le par Yan

9782743615727.gifLe Chauffeur est assis dans la chambre d’un motel de Phoenix. Trois cadavres l’entourent. Il vient de tuer deux hommes. Le Chauffeur, ainsi que l’indique le seul nom qui sert à le désigner dans ce livre, est un cascadeur de cinéma, mais loue aussi ses services aux truands lors de braquages afin de les exfiltrer en toute sécurité. Et là, de toute évidence, on a essayé de le doubler. Qui est-il vraiment? Comment en est-il arrivé là ? C’est ce que nous raconte James Sallis dans ce court roman (175 pages).              

Un polar sec. Direct. Sans fioritures, que Sallis place sous les auspices de trois maîtres en la matière, Donald Westlake, Lawrence Block et Ed McBain, auxquels il dédie ce roman.

C’est bien sûr à Westlake que fait penser Drive, et plus précisément à Richard Stark, le pseudonyme sous lequel Westlake a écrit la série mettant en scène Parker, le génial planificateur de braquages. Comme lui, le Chauffeur semble dénué de sentiments dès lors qu’il commence à travailler et encore plus quand il cherche à régler les problèmes qui lui sont posés par ceux qui ont tenté de le doubler.

Au-delà du véritable exercice de style que représente ce roman, James Sallis nous présente aussi une certaine vision de l’Amérique à travers les yeux de ses personnages qui hantent d’interminables banlieues et des motels miteux. Des individus hors du système, plus peut-être parce qu’ils en sont finalement exclus d’office dès leur naissance que parce qu’ils vivent de braquages :

                «Sacré pays, avait dit Nino. Mouais, sacré pays. Tout est possible, ici, absolument tout. »

                C’était vrai. À condition bien sûr d’avoir famille, relations, argent. Un système guère différent, au fond, des machines politiques qui avaient craché tous les Kennedy et permis de maintenir à leur poste le maire Daley et consort. Ou de celles qui avaient expédié Reagan et deux Bush sous les roues de la république pendant qu’on changeait les pneus.

                « Même si, avait ajouté Nino – ils étaient alors en Arizona –, on a l’impression que Dieu s’est accroupi ici pour péter un coup et qu’il a craqué une allumette juste après. »    

 Prenant, vibrant d’humanité sous un style d’écriture apparemment plus proche de la description faite par un entomologiste, Drive est un grand roman noir dont il serait dommage de passer à côté.

Pourquoi ai-je décidé de parler de Drive aujourd’hui ? Parce que l’adaptation cinématographique de ce polar vient d’être présentée en compétition à Cannes. Elle est réalisée par le talentueux danois Nicolas Winding Refn, remarqué grâce à la trilogie Pusher mais aussi et surtout à Bronson et au Guerrier silencieux. Le rôle principal est tenu par Ryan Gosling (le prof accro au crack de Half Nelson, de Ryan Fleck). Le film semble avoir plu si l’on en croit Didier Péron dans Libération (et la photo qui accompagne l’article de Péron me fait penser que Gosling est un très bon choix, regard oscillant entre le détachement et le vide). Il sortira en octobre.

Vous, je ne sais pas, mais moi, j’ai hâte d’y être.

James Sallis, Drive, Rivages/Noir, 2006.

Publié dans Noir américain

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Barthélemy 25/07/2014 22:12

Drive et Driven ont cette nervosité et cette noirceur que je préfère au combien à la torpeur du cycle John Turner...

Yan 26/07/2014 16:11



Turner, je m'ennuie. Je n'y arrive pas.



Bruno 22/05/2011 09:13


ah ben tiens! je ne le connaissais pas ce roman là !! il est sorti chez rivage poche en 2006 en plus! Le dernier que j'ai lu de lui et qui m'avait bien plu c'était bois mort! bon je vais en
attendant combler ce petit vide sur mes étagères!^^


Yan 22/05/2011 11:53



Tu ne le regretteras pas!



Richard 21/05/2011 19:17


Et bien, après cette chronique, pas question que je passe à côté ...
Quand même !!!
Amitiés


Yan 21/05/2011 19:27



Il ne faut surtout pas passer à côté de ce bijou de roman noir!


Amitiés