En ai-je vraiment besoin ? Alibi

Publié le par Yan

               p6440732_alibi_magazine_july2011.jpgSix mois que j’en entends parler. D’aucuns trouvaient que ce magazine était bien trop « commercial », « mainstream », d’autres qu’il fallait saluer l’arrivée d’un vrai magazine consacré au polar. Quant à moi, les couvertures  des deux premiers numéros, aperçues à l’occasion, ne m’avaient pas convaincu de mettre 15 euros dans une revue qui consacrait ses deux premiers gros dossiers à deux auteurs quasi-anagrammiques en manque cruel de couverture médiatique. Ellory m’avait déjà beaucoup trop fait souffrir avec Vendetta et les dernières nouvelles du nombril de d’Ellroy me fatiguaient par avance.

                Depuis, j’ai eu plaisir à surfer parfois sur le site d’Alibi, en particulier en ce moment même pour suivre les tribulations des envoyés spéciaux de la revue à Gijón à l’occasion de la Semana Negra, et le numéro trois est arrivé sous mes yeux pendant que je me livrais à de dispendieux achats dans le rayon polars de la librairie Mollat à Bordeaux (où vous trouverez des libraires à la fois compétents et sans langue de bois, soit dit en passant). Je me suis donc laissé tenter par ce numéro d’été et son dossier sur le polar en régions.

                Et bien, je n’ai finalement pas été déçu. D’abord parce qu’il s’agit d’un beau magazine, ce qui est toujours agréable. Ensuite parce que les dossiers et rubriques m’ont paru dans l’ensemble bien fichus : précis, relativement complets, sans toutefois tomber dans l’encyclopédisme.

                Le dossier mensuel, pour commencer, est intéressant et instructif. Il arrive à élever le propos au-dessus des clichés tarte-à-la-crème sur le polar dont l’action se situe en région (que pas un critique n’oserait nous servir lorsqu’il s’agit de Woodrell, Willeford, Crumley ou Tapply qui ont pourtant l’outrecuidance de faire évoluer leurs héros dans des cambrousses pas possibles où l’on ne trouve pas une boutique Hermès à moins de plusieurs centaines de bornes), en dissociant bien ce qui relève du bête folklore  neuneu pour touriste en manque d’exotisme torride ou habitant du crû nostalgique des recettes de mémé, et le choix des écrivains de situer leurs romans dans des lieux qu’ils connaissent et dont ils estiment qu’ils peuvent servir de décor à un propos universel.

                D’autres rubriques méritent aussi le détour : une belle entrevue avec Bertrand Tavernier, le récit de la descente aux enfers d’Eliot Ness ou encore l’enquête un poil décalée, amusante et un peu inquiétante sur l’homonymie avec des criminels.

                Même si j’avoue ne pas avoir trouvé un lien évident avec le polar dans la rubrique « pièces à conviction » qui me propose d’acheter un sac à main à 1690€ ou un téléphone en or et saphirs à 19500€, je me suis donc finalement trouvé bien aise de m’être procuré Alibi. Et si je pourrais regretter que certains points ne soient un peu plus creusés, je dois aussi me rendre à la raison : il existe pour cela des revues très spécialisées et Alibi cherche aussi à toucher, à raison, un public plus large qui, peut-être, aura ainsi l’occasion de chercher lui-même à approfondir ses connaissances sur le roman noir.

                Alors, finalement, en ai-je besoin de cet Alibi ? Sans doute pas… mais ce n’est pas parce que je n’en ai pas besoin que je ne vais pas m’assurer de l’avoir.

 

Le site d’Alibi, c’est par là : www.alibimag.com

Publié dans Revues

Commenter cet article

m'annette 07/08/2011 11:06


je vais peut-être me laisser tenter.....
bonne journée


Yan 07/08/2011 11:44



Bonne journée!



Jean-Marc Laherrère 29/07/2011 14:14


Polar en région, la tarte à la crème ...
Je ne crois pas que qui que ce soit s'en prenne à un auteur qui écrit sur la région qu'il connaît, en France non plus. Les polars de Dessaint se passent à Toulouse, de Le Corre à Bordeaux, d'Izzo à
Marseille, de Prudon dans le nord, de Belleto à Lyon, de Magnan en provence ...
Ce qui peut poser problème ce sont les éditeurs régionaux (et là je ne vais pas me faire que des copains) qui prennent le parti de publier uniquement des polars se situant dans leur région, écrits
par des auteurs de la région et qui, nécessairement, pour étoffer leur catalogue, ne sont pas toujours très regardant sur la qualité.
Et cela ne vise bien entendu pas les éditeurs situés hors de Paris qui ne spécialisent pas ainsi leur catalogue (comme Actes Sud, L'Atalante ou bien d'autres ...)


Yan 29/07/2011 15:32



La question des éditeurs régionaux telle que tu l'évoques là est aussi abordée, assez honnêtement, dans Alibi qui parle de "terroir-caisse", ces livres qui sont vendus finalement uniquement aux
gens du coin qui veulent savoir si on voit leur maison. Ma remarque (un peu longue, je te l'accorde, mais j'ai tendance parfois à me laisser aller) est venu du fait que j'ai pu lire récemment
sous la plume, ou le clavier, de quelque  amateur éclairé, une référence vicieuse à Jigal, une maison d'édition qui sentait apparemment un peu trop le pastis à son goût (alors que bon,
Le Cramé, Le paradoxe du cerf-volant...). J'ai trouvé cela intellectuellement malhonnête et il est vrai que je peux alors me laisser emporter.


 Polar en régions est, je suis d'accord, un peu tarte à la crème comme dossier. Mais, en même temps, peut-on vraiment espérer vendre une revue et donc lui permettre de
vivre sans passer par le dossier tarte à la crème? C'est là un impératif pour Alibi qui veut toucher le plus grand nombre et c'est pourquoi je n'avais pas voulu acheter
les tartes précédentes sur Ellory (très surestimé à mon avis, mais vendeur) et Ellroy (que j'aime lire quant il écrit des romans, mais dont le numéro habituel devient lassant et
dont l'oeuvre a été mille fois disséquée dans divers magazine ou revues et même, parfois, intelligemment). Là, je me suis laissé tenter et j'avoue que la revue ne m'a pas déplu.


  



Richard 28/07/2011 18:35


Et bien moi, j'ai hâte qu'il traverse l'Atlantique !!


Yan 28/07/2011 18:55



Cela arrivera bien à un moment ou un autre! N'y a-t-il pas la possibilité de commander sur leur site?



Oncle Paul 28/07/2011 18:19


Bonjour Yan
Alibi : peut mieux faire, peut-être, mais en progrès dans ce numéro trois par rapport aux deux précédents. Même si, comme je l'ai fait remarquer dans ma chronique que le mini dossier Polars en
régions aurait pu être étoffé.
Amicalement


Yan 28/07/2011 18:21



Entièrement d'accord avec toi, Paul.


amitiés