Douce France : Cachemire Express, de Michel Embareck

Publié le par Yan

  1144946.jpgOrphelin, ancien légionnaire, Pierre Lebareck a trouvé le bonheur au Bhoutan, dans les bras et la famille de Ruewga, sa femme. C’est là-bas, aux confins de l’Himalaya, qu’un généalogiste l’a retrouvé pour lui annoncer qu’un héritage l’attendait en France. L’occasion pour Lebareck, après quarante ans dans son royaume himalayen, de faire découvrir à son épouse le pays d’où il vient et de, peut-être, en apprendre plus sur ses origines.

Très vite, cependant, ce retour aux sources va prendre un tour  pour le moins désagréable. C’est qu’on ne passe pas si facilement du royaume qui a inventé le Bonheur National Brut au pays du Label Rouge et de l’Appellation Français de Souche d’Origine Contrôlée. À peine débarqué, par la faute d’une malheureuse escale à Karachi, le couple bhoutanais va bénéficier d’un contrôle approfondi afin de prévenir tout risque d’attaque terroriste. Ce ne sera que le début d’une suite d’avanies, de déceptions, d’interrogations et de découvertes.

Cachemire Express, autant le dire tout de suite, n’est ni un polar ni un roman noir au sens large du terme. Regard porté sur une société et une époque qui ne sont pas particulièrement joyeuses, il est toutefois empreint d’une certaine noirceur. Même s’il arrive, grâce à un humour froid bien senti et au travers du personnage de Ruewga, sorte d’Usbek des Lettres Persanes,  à ne pas plonger dans le récit totalement cafardeux, Michel Embareck ne fait pas, il est vrai, dans l’optimisme béat. Il nous dépeint une société menée par la peur : « T’as qu’à voir (…) même au supermarché, à l’entrée, il y a un panneau "Pour votre sécurité, ce magasin est placé sous vidéosurveillance". Pour votre sécurité, hein, tu m’entends. Ça veut bien dire ce que ça veut dire… » s’exclame ainsi Lucien, depuis son village où le dernier délit, le vol d’un dindon surgelé, remonte à trois mois.

Les pérégrinations de Pierre et Ruewga, nous offre un portrait désespérant d’une France où l’étranger est encore moins le bienvenu qu’au siècle précédent et où l’on se méfie tellement de tout et de tout le monde que seul un papier ou code-barre officiel  peut garantir l’identité d’un individu.

Car Cachemire Express est aussi un beau roman sur l’identité, sur ce qu’elle est, sur sa complexité, sur ce que l’on voudrait qu’elle soit, sur ce qu’elle n’est pas : elle n’est justement pas un code-barre, un tampon ou une carte en plastique. Un livre salutaire.

Michel Embareck, Cachemire Express, Pascal Galodé éditeurs, 2011.

Du même auteur sur ce blog : À retardement ; Rock en vrac ; La mort fait mal ; Très chers escrocs ; Le rosaire de la douleur ; Avis d'obsèques ; Personne ne court plus vite qu'une balle ; Jim Morrison et le diable boiteux ;

Publié dans Littérature "blanche"

Commenter cet article