Délivrance, de Jussi Adler Olsen

Publié le par Yan

delivranceIl paraitrait que Jussi Adler Olsen serait le nouveau phénomène scandinave à la mode. De fait, Délivrance semble remporter un franc succès en librairie après deux premiers romans – Miséricorde et Profanation – qui ont apparemment connus eux-aussi une certaine réussite.

Ce n’est pas étonnant.

Non seulement Adler-Olsen bénéficie de la puissance de la vague scandinave qui déferle chez les éditeurs français depuis Millenium, mais il colle par ailleurs aux attentes du public : un peu de dépaysement (ici on découvrira à la fois les fjords et l’importance de l’implantation des Témoins de Jéhova et autres sectes au Danemark), un héros torturé portant un lourd fardeau de culpabilité, un assistant exotique et amusant (ici un syrien appelé Hafez El-Assad – il fallait oser), un tueur particulièrement intelligent devenu un roi de la manipulation et des chapitres relativement courts calqués sur les recettes d’écriture de thrillers à la chaîne américaines qui en font un redoutable page-turner.

On passera donc rapidement sur l’histoire qui voit le vice-commissaire Mørck et son assistant-balayeur Hafez El-Assad, suite à l’émergence – au sens strict – d’une vieille affaire, se lancer à la poursuite d’un criminel spécialisé dans le kidnapping d’enfants de familles appartenant à des communautés religieuses fermées et qui a une fâcheuse tendance à en tuer une partie. Le postulat est classique, donc, et plutôt bien mené. Jussi Adler Olsen sait maintenir le suspense et la tension, mais aussi accrocher le lecteur et jouer avec lui, qui suit les trajectoires de Mørck d’un côté et du tueur de l’autre en essayant de deviner quand elles vont enfin se croiser.

Sur le plan de la structure, Délivrance est donc plutôt de la bonne ouvrage et la curiosité qu’il éveille chez le lecteur compense assez bien le fait que, sur le plan de l’écriture – comme c’est souvent le cas pour ce genre de thriller, en particulier chez les nordiques – l’on se trouve face à quelque chose d’assez fade, sans grand relief (mais, au moins, sans trop de métaphores et comparaisons hasardeuses dont sont friands certains auteurs). Sans doute aussi, tout cela apparaît-il parfois un peu long et Adler Olsen aurait sans doute pu couper dans son roman. On comprend mal ce que viennent faire les parties consacrées à l’assistante de Mørck, Rose, ainsi que certains passages sur la vie personnelle du héros, particulièrement peu intéressants.

De fait, Adler Olsen semble marcher sur les pas de Jo Nesbø mais ne réussit pas comme le Norvégien, à donner à son personnage une épaisseur suffisante pour réellement susciter l’empathie. C’est d’ailleurs clairement le tueur qui est ici au centre de l’histoire tandis que Mørk et les autres personnages importants, à commencer par la femme du criminel, ne font que graviter autour.

Indéniablement efficace malgré tout, Délivrance se laisse lire sans déplaisir mais se démarque peu d’une production industrielle de thrillers – nordiques ou pas – qui inonde les tables des libraires. À réserver donc aux adeptes du genre.

Jussi Adler Olsen, Délivrance (Flakepost Frap, 2009), Albin Michel, 2013. Traduit par Caroline Berg.

Publié dans Noir scandinave

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Jean 26/03/2013 12:04

Voilà une chronique très bien ficelée, intéressante et utile. Je n'ai encore rien lu de cet auteur mais je ne vais pas me précipiter. Amitiés. Jean.

Yan 26/03/2013 17:57



Objectivement, c'est en effet une lecture qui peut attendre.



Victoria 23/03/2013 20:44

Le roman Miséricordes m'avait enthousiasmée même si les passages consacrés à la victime recluse étaient un peu longs à mon goût
J'ai trouvé que la combinaison des 2 personnages masculins fonctionnait bien et le tout écrit avec beaucoup d'humour
J'attends que les prochains soient édités n poche

Yan 23/03/2013 21:45



Je suis malheureusement assez peu sensible à l'humour danois, ou alors il y en a moins dans ce volume. Il y a de bon passages, mais l'ensemble m'a paru vraiment trop long.



Marie 23/03/2013 11:47

J'avais somme toute été déçue de Miséricorde. Les ressorts de l'histoire sont trop simplistes à mon goût. Il n'arrive pas à "m'enfumer" suffisament pour m'embarquer dans l'histoire et les
personnages sont trop caricaturaux et comme tu l'as dit, manquent vraiment d'épaisseur...

Yan 23/03/2013 15:57



Tout est dit.