De la biographie au roman noir : Dino et Night Train, de Nick Tosches

Publié le par Yan

 Dino.jpgPas besoin de résumé, ici, puisqu’il s’agit bel et bien de biographies consacrées pour l’une à Dean Martin et pour l’autre au boxeur Sonny Liston.              

La première, Dino, nous raconte donc l’ascension de Dino Crocetti fils d’immigrés italiens installés dans l’Ohio, qui va devenir à partir des années 1950 un acteur de premier plan et un crooner à succès sous le nom de Dean Martin. À travers la biographie de ce personnage fat et imbu de lui-même, Tosches nous livre un véritable roman noir sur la société américaine du spectacle de l’après-guerre, ses liens avec la pègre, les politiques, ses trahisons…

Bien plus noire encore est la biographie de Sonny Liston, fils d’esclaves, homme de main de la pègre, boxeur talentueux (champion du monde des poids lourds en 1962) mais aussi alcoolique et junkie, détesté du public, peu à peu délaissé et dont les circonstances de la mort restent troubles. Là encore, c’est un pan de la société américaine que nous révèle Nick Tosches avec toujours la pègre, un racisme omniprésent, un rêve américain dont le revers est souvent bien plus grand que la médaille.

Que ce soit avec Dino ou Night Train, Tosches, habitué des biographies (il est aussi l’auteur d’une série d’articles biographiques sur le rock et la country traduits en France – Country : les racines tordues du rock’n’roll et Héros oubliés du rock’n’roll – et d’une biographie de Jerry Lee Lewis – Hellfire –), arrive à transcender ce genre, à le tordre, pour en faire des romans noirs que l’on ne lâcherait pour rien au monde. Nick Tosches joue les équilibristes entre les deux genres : d’un côté il a rassemblé une matière énorme (témoignages, articles de journaux d’époque, livres…) qui lui permet de parfaitement maîtriser son sujet, de l’autre il met ce sujet en scène à travers des dialogues imaginés mais crédibles dans un récit vivant et servi par un style extrêmement limpide et entrainant alternant avec des documents bruts d’époque.

Par la grâce de ses talents de conteurs, Tosches arrive à nous restituer à chaque fois toute une époque, à nous faire apprécier ces personnages pourtant par bien des aspects détestables et pour lesquels il ne montre aucune complaisance, mais dont il montre aussi qu’ils sont le produit d’une société et d’une époque aux valeurs ambigües et surtout variables selon que l’on ait ou pas argent et pouvoir.book_cover_night_train_179529_250_400.jpg

 Dino et Night Train sont deux romans noirs, donc, en même temps que deux biographies de personnages sur lesquels on n’aurait pas forcément pris le temps de s’attarder mais que l’on découvre avec plaisir et fascination sous la plume de Nick Tosches.

Nick Tosches, Dino, Rivages/Thriller, 2001. Rééd. Rivages/Noir, 2003. Traduit par Jean Esch.

Nick Tosches, Night Train, Écrits noirs/Rivages, 2002. Rééd. Rivages/Noir, 2007. Traduit par Julia

Publié dans Noir américain

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One More Blog in the Ghetto 31/07/2011 11:44


Hello Yan.
Une fois encore, je ne peux que joindre ma voix à ces recommandations de lecture: deux très bons bouquins à mes yeux aussi dont tu rends très bien compte, et j'avoue moi aussi une petite préférence
pour l'excellente biographie sur Liston.
En revanche, j'ai été extrêmement déçu par sa bio consacré à Arnold Rothstein qui part trop dans tous les sens et où la mégalo de Tosches est un trop perceptible.
Sinon, il est aussi l'auteur de polars comme "La religion des ratés" et "Trinités", ainsi que d'un pseudo polar, "La main de Dante", assez bizarre, bouquins dont je me permets de recommander aussi
la lecture.
Amitiés.


Yan 31/07/2011 13:40



Salut! Je n'ai pas lu sa bio de Rothstein. J'ai beaucoup aimé et je conseille aussi sans réserves La religion des ratés et Trinités mais j'ai trouvé qu'avec La
main de Dante, il se regardait beaucoup écrire, ce qui donnait un roman bancal boursouflé d'autosatisfaction.


Amitiés