Court et percutant : Loverboy, de Gabriel Trujillo Muñoz

Publié le par Yan

arton24647-1c3ff.pngHasard du stock de la librairie dans laquelle j’ai fait l’achat de ce livre, j’ai commencé la série des enquêtes de l’avocat mexicain Miguel Ángel Morgado par le deuxième opus de la série. A priori, cela ne devrait toutefois pas poser de problème puisqu’il semble que ces enquêtes soient totalement indépendantes les unes des autres.

Dans ce court volume (moins de cent pages), donc, Morgado est contacté par la commission des droits de l’enfant de Basse-Californie qui cherche à résoudre le mystère de disparitions d’enfants près de la frontière avec les États-Unis. Le président de ladite commission semblait être sur une piste sérieuse quand il a été assassiné, ne laissant derrière lui qu’une vidéo de mauvaise qualité. Peu à peu l’avocat enquêteur va découvrir l’existence d’un trafic d’organes auquel participe un tueur particulièrement retors.

À travers le sujet particulièrement glauque du trafic d’organes et des disparitions d’enfants, Gabriel Trujillo Muñoz aborde la question plus large de l’inféodation du Mexique à son voisin du Nord. Le Mexique n’est plus là un simple réservoir de drogues, de sexe ou de main-d’œuvre bon marché, mais carrément un réservoir d’organes. C’est un récit d’autant plus troublant et percutant qu’il est cruellement crédible.

En ce qui concerne la forme, on ne peut qu’être admiratif de la manière avec laquelle l’auteur arrive à dresser en quelques lignes les portraits de personnages particulièrement bien campés. L’écriture, quasi chirurgicale, est d’autant plus efficace dans la mise en place de cette intrigue propre à nous heurter qu’elle est dépourvue de pathos. Bien entendu, le livre a les défauts de ses qualités. La sécheresse de ton et l’urgence de l’enquête concentrée en quelques dizaines de pages sont prenants, mais la recherche des indices est très elliptique et, du coup, la découverte d’éléments essentiels lors de l’analyse de la vidéo, trop rapide, trop facile, n’est pas forcément très crédible. Mais ça n’est là que pinaillage.

En fin de compte, Gabriel Trujillo Muñoz réussit à dresser, l’espace d’une longue nouvelle, un portrait rageur de son État, la Baja California, en prise à la fois à la corruption de son administration et au mépris et à l’exploitation de son puissant voisin – mépris pointé avec brio en l’espace de seulement quelques lignes de dialogues en anglais dans une scène particulièrement glaçante. Une lecture qui vaut détour.

Gabriel Trujillo Muñoz, Loverboy, Les Allusifs, 2009. Rééd. Folio Policier, 2011.Traduit par Gabriel Iaculli.

Du même auteur sur ce blog : Tijuana City Blues ; Mexicali City Blues ; Mezquite Road.

Publié dans Noir latino-américain

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gridou 30/08/2011 11:08


Mopi j'ai vraiment été frustrée par la longueur du récit...Du coup, je n'ai pas trop accroché.


Yan 30/08/2011 11:23



Je comprends que l'on ait du mal avec l'extrême concision du texte. Pour moi, c'est ce qui en fait le charme, mais ça peut en effet être frustrant.