Borderland, de Vamba Sherif

Publié le par Yan

borderlandWologizi, ville frontière du Liberia vit écrasée sous le soleil de la saison sèche et sous le poids de la tradition et des superstitions. C’est dans ce lieu ressemblant à s’y méprendre à une ville fantôme que débarque dans son costume trois pièces William Soko Mawolo, enquêteur envoyé par le Vieil Homme, président du pays, pour éclaircir le mystère de la disparition du chef coutumier de la ville.

Confronté à une population oscillant entre déférence hypocrite et hostilité à peine voilée, Mawolo, tombé sous le charme de la fille du disparu et résolu à accomplir sa mission, s’enfonce très vite dans l’atmosphère lourde et oppressante de cette communauté chargée de secrets.

C’est peu dire que Borderland se révèle déstabilisant. Là où d’aucuns y verront un défaut, d’autres y verront la marque de la réussite de Vamba Sherif à créer une atmosphère propre à perdre le lecteur comme elle perd Mawolo. Comme égaré dans ce bout de Liberia loin de tout et en particulier de la capitale d’où il vient, l’enquêteur, confronté à une population décidée dans un bel ensemble à mentir pour dissimuler la vérité, n’a finalement pour lui que le soutien bien lointain de la figure tutélaire qui lui a confié sa mission, ce Vieil Homme révéré et même vénéré.  À moins que les affiches qui le représentent et qui décorent les murs et les maisons ne soient destinées qu’à donner l’illusion de l’allégeance de Wologizi au pouvoir central. Car il semble bien qu’ici, des forces bien plus puissantes soient à l’œuvre ; celles de vieilles traditions et superstitions habilement dissimulées sous le voile bien fin de la normalité.

On l’a dit, Vamba Sherif sait instiller cette part de mystère et installer cette atmosphère pesante dès les premières pages. Et le lecteur de se trouver bien vite, comme Mawolo, déboussolé et oppressé. Si l’enquête que mène le héros est des plus banales en ce qu’elle n’est en fin de compte qu’une suite d’interrogatoires menés avec des menteurs patentés, il n’en demeure pas moins qu’elle nous enfonce un peu plus à chaque chapitre dans l’incompréhension de ce qui peut se jouer autour de Mawolo, dans les profondeurs de la forêt et dans les montagnes qui entourent la ville.

Voilà donc un roman original peut-être pas dans la forme mais dans le fond et dans la manière dont il crée l’ambiance dans laquelle baigne l’intrigue. À lire si l’on est curieux et que l’on aime se confronter à des écrits qui nous déstabilisent.

Vamba Sherif, Borderland (Bound to secrecy, 2010), Métailié, 2012. Traduit par Xavier Luffin.

Publié dans Noir africain

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christophe 05/07/2012 08:41

Une belle découverte avec un livre, comme tu le soulignes, qui nous déstabilise autant que l'est Mawolo et qui ne cède pas à la facilité sur la fin...

Yan 05/07/2012 15:25



Je suis tout à fait d'accord avec le fait que tu sois d'accord avec moi. C'est en effet un bouquin dérangeant dans sa conception et son atmosphère, qui ne met pas le lecteur à l'aise. Mais c'est
une bonne expérience de lecture.



Richard 04/07/2012 17:06

Et bien, tu as piqué ma curiosité !
J'aime ce genre de défi ...

Au plaisir, Yan
Amitiés

Yan 04/07/2012 17:10



Salut Richard.


On en reparle, alors!


Amitiés