Bloody Valéria, de Stéphane Gravier

Publié le par Yan

bloodyvaleria.jpgPremier roman de Stéphane Gravier, Bloody Valéria, met en scène des personnages victimes collatérales d’une sombre machination politique. Ouvrier dans une usine qu’il trouve un beau matin fermée tandis que des camions embarquent le matériel pour la délocaliser dans un pays d’Europe de l’Est, Victor apprend au même moment que la femme et la fille de son frère Nathan avec lequel il a coupé tout contact depuis plusieurs années ont été enlevées.
Renouant avec son frère, Victor se trouve entraîné dans une affaire qui le dépasse, qui semble liée à ses propres déboires professionnels, et qui implique les plus hauts niveaux de la classe politique française.

On passera très vite sur le titre, sans doute malheureux, qui, à trop vouloir jouer sur la formule percutante, poussera le lecteur à imaginer qu’il a affaire à un énième thriller à la française mettant en scène des vampires américains, pour s’intéresser à la forme et au fond de ce roman qui porte en lui certains défauts inhérents à une première œuvre, certes, mais aussi son lot de bonnes surprises et de promesses.

Pour la forme, donc, Stéphane Gravier a décidé de jouer essentiellement sur un rythme effréné fait d’aller-retour d’un personnage à l’autre jusqu’à ce que leurs trajectoires finissent par se croiser. Il s’agit d’une structure classique du thriller qui s’avère en tout cas ici plutôt bien maîtrisée, l’auteur prenant au départ son temps pour bien camper ses personnages et faisant l’effort de varier son écriture selon le personnage qui est mis en avant dans chaque chapitre. On regrettera peut-être, lorsque Victor est mis en scène dans des chapitres à la première personne dans lesquels l’auteur met de toute évidence beaucoup de lui-même, que l’écriture paraisse parfois un peu forcée.
Le fond est là encore un classique : complot politique et personnages innocents jetés là dedans comme des chiens dans un jeu de quilles et qui vont, pour survivre, faire trembler quelques puissants. Stéphane Gravier, cependant, place tout cela dans le contexte social et politique actuel, propre à développer ce genre d’intrigue, avec le souci d’un certain engagement. Il est clair que l’auteur ne cherche pas seulement à divertir le lecteur mais aussi, en arrière-plan, à parler un peu de la société dans laquelle nous vivons et aux déviances souvent liées de l’économie de marché et de la classe politique.
Pour autant, la brièveté du roman (moins de 250 pages) et la recherche d’un rythme soutenu pour l’intrigue placent cet aspect en second plan et empêchent Gravier de donner une véritable chair à des méchants dont on aurait aimé connaître mieux les motivations mais aussi l’organisation de leur plan qui apparaît parfois flou tant l’auteur veut faire avancer de plus en plus vite son histoire. C’est là, à mon sens, une des faiblesses de ce roman qui monte en tension pendant plus de 200 pages, se focalisant sur ses héros mais laissant beaucoup de zones d’ombre en ce qui concerne les actions des méchants, et tend à laisser le lecteur sur sa faim au moment de la conclusion. 

Il n’en demeure pas moins que Bloody Valéria est un roman efficace et bien mené. On ne peut que souhaiter que Stéphane Gravier continue à écrire et que ce premier roman soit une étape qui lui permettra peu à peu de se libérer du carcan des règles de base du thriller efficace et d’exprimer plus l’originalité qu’il nous fait régulièrement entrevoir dans ce livre.

Stéphane Gravier, Bloody Valéria, Mon petit éditeur, 2010.

Publié dans Noir français

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Alex-Mot-à-Mots 09/01/2012 14:58

J'avais passé un agréable moment de lecture, en tout cas.

Yan 09/01/2012 15:06



Tout à fait, c'est un roman qui se laisse lire sans déplaisir. Plutôt agréable.



Pierre faverolle 02/01/2012 20:41

Salut Yan, j'ai bien aimé celui là, et comme tu le dis, ce roman est plein de promesses futures. J'ai adoré les passages à la 1ère personne par contre, cet optimisme envers et contre tout et tous.
J'ai trouvé ça rafraichissant. Amitiés

Yan 02/01/2012 20:56



Oui Pierre, c'est rafraîchissant. Il a les défauts et les qualités de la première oeuvre. Espérons que le prochain sera encore mieux. Amitiés.