Barcelone Noir

Publié le par Yan

BarceloneAprès le récent Delhi Noir, la collection des villes noires d’Asphalte s’étoffe encore avec ce Barcelone Noir. Destination moins lointaine et a priori moins exotique pour nous et pourtant tout aussi dépaysante.

La capitale catalane, en effet, dispose d’une place à part en Europe. Présentée comme un lieu festif, une ville façonnée par les artistes, du parc Guëll au Barrio Gotico en passant par la Sagrada Familia, et jusqu’à récemment, avant l’explosion de la bulle économique dont bénéficiait l’Espagne, comme un véritable eldorado, elle porte aussi une histoire riche d’opposition au pouvoir castillan et, bien entendu, à celui de Franco. Ville bourgeoise en même temps que foyer anarchiste, ville monde aujourd’hui en même temps que ville affichant son identité et sa culture catalanes, Barcelone a plusieurs visages.

Ce sont ces aspects multiples qui font l’identité de la ville et leurs pendants les plus sombres qui nous sont présentés dans les quatorze nouvelles de ce recueil que l’on ne passera pas en détail mais dont on peut d’ores et déjà dire qu’une nette majorité valent assurément le détour et que quelques unes sortent nettement du lot et, à elles seules, justifient la lecture de ce recueil.

C’est le cas de Loi de fuite, d’Andreu Martín, Qui nous ramène dans la Barcelone secouée par les attentats anarchistes des années 1920 et la justice expéditive qui y fut opposée. Instructive en même temps que fascinante, elle ouvre parfaitement ce recueil.

De son côté, avec le délicieusement amoral récit intitulé Sweet Croquette, David Barba, nous offre un voyage gastronomique des plus étonnants.

Quant à Teresa Solana, sa cruelle nouvelle L’Offrande installe un durable sentiment de malaise chez le lecteur, preuve qu’elle sait toucher là où ça fait mal.

Plus classiques mais tout aussi efficaces, Jordi Sierra i Fabra (Quartiers chics) et l’argentin Raúl Argemí (Le Charme subtil des femmes chinoises) savent eux aussi tirer leur épingle du jeu.

Autant dire qu’une fois de plus, le pari de sortir ces sortes de contre-guides de voyages s’avère gagnant. Ces ballades noires hors des sentiers battus qui continuent de séduire et d’éveiller la curiosité conservent leur fraîcheur après plusieurs volumes, et c’est plutôt bon signe. On attend maintenant un Haïti Noir dont on espère qu’il se révèlera tout aussi déstabilisant et captivant.

Barcelone Noir (Barcelona Noir, 2011), Asphalte, 2012. Traduit par Olivier Hamilton.

Publié dans Noir espagnol

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Pecosa 08/06/2012 21:28

Hâte de le lire... Et la nouvelle de Gonzalez Ledesma?

Yan 10/06/2012 12:15



Désolé de te répondre si tard, je ne reçois pas les notifications de commentaires depuis quelques jours. La nouvelle de Gonzalez Ledesma, très courte, conclu le recueil d'une plutôt belle
manière.