Arab Jazz, de Karim Miské

Publié le par Yan

arabjazz.jpgAhmed Taroudant, en arrêt-maladie pour une dépression chronique, vit cloîtré dans son studio du 19ème arrondissement de Paris, entouré d’une muraille de polars bas de gamme par le biais desquels il s’évade à longueur de journée. Jusqu’au jour où Laura, sa voisine du dessus, la seule personne avec laquelle il a encore quelques liens, est assassinée et mutilée. Comprenant qu’il fait un suspect idéal et sentant que bien des gens dans le quartier aimeraient lui faire porter le chapeau, animé aussi par un profond désir de vengeance, Ahmed va peu à peu se libérer des chaînes de sa maladie pour retrouver le coupable aux trousses duquel sont aussi deux enquêteurs atypiques.

De cette ouverture on ne peut plus classique (un homme va chercher à venger la femme qu’il aime ou, en l’occurrence, aurait pu aimer, tout en prouvant son innocence), on a tôt fait de basculer par ailleurs dans une situation plus complexe. D’abord parce que, de fait, Ahmed est très vite disculpé par les policiers. Ensuite parce que Miské nous présente un quartier, le 19ème arrondissement, où les barrières entre les communautés demeurent perméables malgré la montée des fondamentalismes qu’ils soient juifs ou musulmans. Ce faisant, l’auteur, documentariste qui a beaucoup travaillé sur ce sujet, nous dresse un portrait intéressant et documentés de ces fondamentalistes qui, malgré tout, arrivent toujours à trouver un terrain d’entente dès lors qu’il est question d’argent. Hassidiques, salafistes, témoins de Jéhovah, savent où se trouve leur intérêt et n’ont finalement qu’un seul dogme : la domination des autres, quels que soient les moyens à mettre en œuvre. Tout cela sans jamais être pontifiant et avec un arrière-goût de vieux polar cinématographique à la French Connection.

Se réclamant assez clairement d’Ellroy – le titre Arab Jazz est une allusion au White Jazz de l’américain – Karim Miské complexifie donc l’intrigue autant que possible, joue un peu avec les lieux et les dates à l’aide de quelques flashbacks et campe quelques personnages qui ne sont pas sans rappeler les hommes de Dudley Smith et des situations qui ne sont pas sans évoquer ses manipulations et ses manigances.  

Sur cette toile de fond complexe, donc, l’auteur vient coller les trajectoires personnelles d’Ahmed et de l’enquêtrice Rachel Kupferstein, personnages incontestablement attachants qui viennent éclaircir le côté sombre de l’histoire. Parfois un peu gauche, à l’image de ces personnages, dans la description de cette relation qui se noue entre eux, Karim Miské montre là un côté un peu fleur bleue qui en séduira sans doute certains et en agacera certainement d’autres.

Il n’en demeure pas moins que ce premier roman sait se montrer original dans la manière d’aborder ces thématiques autour des fondamentalismes, du vivre ensemble, du l’utilisation du libre-arbitre et de celles, plus classiques, du poids de l’histoire personnelle et de la rédemption. Après un début où il accumule les références, Karim Miské trouve son rythme et nous offre un polar de très bonne tenue qui mérite amplement le coup d’œil et en appellera, on l’espère, d’autres encore.

Karim Miské, Arab Jazz, Viviane Hamy, 2012.

Publié dans Noir français

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Lapinoursinette 03/01/2013 19:48

Un premier roman original : j'espère que Miské en fera d'autres en reprenant le couple Rachel/Jean qui fonctionne TB.

Yan 03/01/2013 19:58



Oui, c'est un beau premier roman qui arrive à sortir des sentiers battus. Vivement le prochain!



Richard 04/04/2012 19:06

Un premier roman !
Je suis toujours partant pour une découverte.
Amitiés

Yan 04/04/2012 19:14



Je ne peux que te conseiller de le lire. Il est assez séduisant.



Michel 03/04/2012 21:52

Un éditeur que j'apprécie particulièrement , une bonne critique, je le lallise ;-)

Yan 03/04/2012 22:13



En avant! C'est du bon!



gridou 03/04/2012 21:06

ça se passe à côté de chez moi dis donc...je note! En plus, j'aime bien lire des 1ers romans et le thème me semble fort intéressant. Plein de bonnes raisons ;)

Yan 03/04/2012 22:12



Oui, vas-y, tu m'en diras des nouvelles. Ça a été pour moi une des bonnes surprises de ces derniers mois.