Demain les chats, de Bernard Werber

Publié le par Yan

On a parfois envie de rire. Mais il y n’y a pas eu de traductions de Tim Dorsey ou de Carl Hiaasen depuis un moment, Donald Westlake est mort et Joe Lansdale est moins marrant depuis quelques temps. Heureusement, on peut toujours compter sur les amis. Je pense que celle qui m’a chaudement recommandé de lire Demain les chats désirera conserver un pudique anonymat, mais je tiens tout de même à la remercier du fond du cœur.

Dans ce roman ailurophile – l’ailurophilie, c’est l’amour des chats, pour ceux qui se poseraient la question et qui ont la flemme de regarder dans un dictionnaire – Bernard Werber met en scène la touchante histoire d’amour entre Bastet, la narratrice – qui est aussi, accessoirement, une chatte – et Pythagore, le chat siamois de la voisine. Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes si les hommes n’étaient pas si méchants. C’est en effet ni plus ni moins à la destruction de l’humanité par elle-même que vont être confrontés nos deux émouvants félins. Heureusement, chat d’une scientifique, Pythagore possède, greffé à son cerveau, un port USB relié à un smartphone, ce qui lui permet de naviguer sur internet et d’acquérir toutes les connaissances de l’humanité. Dommage que l’humanité elle-même n’en ai pas profité pour se sauver. Nous sommes décidément bien peu de choses.

Cette intrigue un brin alambiquée – à peine – est l’occasion pour Bernard Werber d’aborder les sujets qui lui tiennent à cœur : la géopolitique vue par Mon petit quotidien, les fiches historiques de Wikipédia, les essais philosophiques de Paulo Coelho et la sexualité des félidés. Autant dire que, conjugués à une écriture que l’auteur a de toute évidence beaucoup travaillé en suivant ses propres cours et ceux d’Eric-Emmanuel Schmitt à The Artist Academy, ces ingrédients forment le parfait amalgame qui permet de produire un ouvrage relevant de la littérature apéritive (concept par nous développé à partir de l’œuvre d’Alexandre Schoedler et que l’on  ne désespère pas de voir accéder un jour à la postérité).

Bref, il y a bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de lire quelque chose d’aussi bête. Assez mal écrit, donc, alternant dialogues insipides, resucées d’articles de vulgarisation scientifique assaisonnés d’un soupçon d’ésotérisme qui cherche à se faire passer pour de la philosophie, Demain les chats se paye aussi le luxe de multiplier les incohérences. Dit comme ça, force est d’admettre que ça ne donne pas forcément envie. Mais Bernard Werber, c’est un peu comme l’ampli de guitare de Spinal Tap, il dispose d’un potard qui lui permet de pousser un cran plus loin l’invraisemblance, au point de rendre l’ensemble, passé un moment de sidération, totalement hilarant. Si les réflexions sur la folie des hommes ne manquent pas sel, ce sont clairement les scènes de sexe qui emportent l’adhésion. Ça commence très bien avec l’accouplement de Bastet, frustrée de ne pouvoir offrir son corps à Pythagore, avec Félix :

« Comme je me sens un peu nerveuse, je lui propose qu’il se rende utile et s’adonne à l’acte d’amour avec mon corps. Il ne se fait pas prier. Je le sens entrer en moi. Je sens les spicules pointus de son pénis se rigidifier à l’intérieur de mon vagin, ce qui est assez douloureux, mais je serre les mâchoires. Félix s’agite, tremble : il s’avère un partenaire sexuel médiocre. Aucune fougue, aucune imagination, il ne me mord même pas dans le cou alors que j’adore sentir deux bonnes canines me labourer la nuque.
Durant la montée du plaisir je pense à Pythagore pour m’inspirer
. »

Il faut bien dire que le choix étrange de l’anthropomorphisme des personnages dans un roman dont le motif même est justement de montrer les différences entre les humains et les chats est assez curieux. Et dans l’ensemble raté, d’ailleurs. Mais il nous réserve de belles surprises. Ainsi, alors que la guerre civile et la peste – oui, à y être, il aurait été dommage de s’arrêter à un bête conflit – ont ravagé Paris, nos héros se réfugient à l’Élysée où ils vont pouvoir accéder à l’abri anti-atomique et se baffrer des réserves de nourriture qu’il contient (les chats savent ouvrir les portes, les boites, et aussi les frigos, histoire de s’envoyer un peu de caviar). Et là :

« Finalement Pythagore me désigne une chambre où trône un lit recouvert d’un tissu doré.
- J’ai repéré cet endroit sur Internet. Je veux te faire l’amour dans le lit à baldaquin du président de la République française, m’annonce-t-il.
 »

Qu’ajouter à ça, si ce n’est que l’on se prend à rêver d’un roman à quatre mains de Bernard Werber et Alexandre Jardin ?

Bernard Werber, Demain les chats, Albin Michel, 2016. Rééd. Le Livre de Poche, 2018. 345 p. (qui passent bien trop vite).

Du même auteur sur ce blog : Le père de nos pères ;

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ClaireC 15/06/2019 10:13

Cette chute avec A.Jardin :)))))

Yan 16/06/2019 15:52

:)

Laure 12/06/2019 11:47

J'ai rarement autant ri en lisant une critique.. Merci pour ce bon moment ! ça fait du bien aussi les critiques assassines (mais argumentées !)

Yan 13/06/2019 14:25

Merci!

barberi 26/05/2019 20:31

miaou!!! de ce pas je vais m'ouvrir une boite et lire clouer l'ouest bonne soirée

Yan 26/05/2019 22:36

Bonne lecture !

barberi 26/05/2019 15:04

bonjour Yan
vous n'êtes pas tendre avec lui 'si c'est bête et mal écrit moi ça fait des années que je connais cet auteur .Pour la primaire que je suis je trouve facile à lire et amusant .Je ne lirai pas celui ci j'ai peur que ça ressemble à félidé, mais je ne renie pas mes lectures même si j'ai évolué, pour ceux que j'aime je reste fidèle .voilà. Et puis c'est quoi mal écrit ?comme la beauté c'est ce qui plait non?

Yan 26/05/2019 17:52

Non, en effet, je ne suis pas tendre. Il n'est pas question de renier ses lectures. J'ai pour ma part un plutôt bon souvenir des Fourmis lu il y a bien longtemps. En l'occurrence, par contre, je crois que l'on ne peut nier que Demain les chats est mal écrit : c'est extrêmement lourd, inutilement démonstratif. Parfois, une bonne histoire peut venir compenser en partie ce genre de défaut, mais là, entre les incohérences et les
situations proprement ridicules, il n'y a à mon sens rien à sauver si on ne le lit pas au quatrième degré.