La Découronnée, de Claude Amoz

Publié le par Yan

Concours de circonstances ou volonté éditoriale, les éditions Rivages voient revenir ces derniers temps des auteurs qui avaient fini par disparaître des radars. Ce fut Hugues Pagan au mois de mars (nous aurons l’occasion d’en parler) et voici maintenant le tour de Claude Amoz, dont le dernier roman, Étoiles cannibales, paru chez Rivages datait de 2003 (un recueil de nouvelles a paru en 2007). Comme dans Étoiles cannibales, Amoz nous amène dans la ville imaginaire de Viâtre, sur les bords du Rhône.

C’est là justement, que Guy est venu passer quelques jours. Et, justement aussi, en 2003, en pleine canicule. Agent d’entretien dans un lycée des Alpes, il a échangé momentanément son appartement avec celui de son frère Johan, scientifique revenu depuis peu du Canada. À cette occasion, Maïa, qui a élevé – parmi d’autres – les deux frères placés par l’assistance publique, est aussi venu passer quelques semaines dans cette ville où elle a vécu dans sa jeunesse. Pour voir Guy et Johan, mais aussi pour lever le voile sur un événement traumatisant de son propre passé.

Guy a toujours été curieux. Complexé par sa petite taille et un eczéma très envahissant, un peu lent, il a dès son enfance commencé à vivre sa vie par procuration, suivant des femmes au hasard dans la rue, épiant les faits et gestes de personnes au gré des circonstances. Quand il aménage provisoirement dans l’appartement que vient d’acheter Johan, un hasard qu’il estime pour sa part relever plutôt de la préscience, l’amène à s’intéresser aux anciens propriétaires. Ceux-ci ont déménagé depuis peu pour s’installer dans un pavillon plus spacieux. C’est là que vit Camille, seize ans, affligée d’une tâche de naissance qui la défigure et orpheline de mère depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui son père et sa belle-mère, Zahra, attendent la naissance de leur enfant. Et Camille peine à savoir si les vagues souvenirs de violence issus de son enfance qui reviennent alors relèvent d’une vérité qu’on lui aurait cachée ou de son imagination aiguillonnée par un sentiment de jalousie vis-à-vis de l’enfant à naître.

C’est autour de la montée de la Découronnée, ainsi nommée en référence à une statue antique découverte là, que tous ses destins semblent se retrouver, s’entremêler, voire se nouer.

On retrouve donc sans surprise, près de quinze ans après, les thèmes chers à Claude Amoz, le passé enfoui qui empêche de pleinement vivre le présent, la complexité et les contradictions des relations familiales, le tout dans une atmosphère qui rend tout cela d’autant plus charnel. C’est ici cette canicule écrasante qui met le corps de Guy à la torture et qui semble faire sombrer une partie des personnages dans une bien inconfortable apathie sans pour autant les décourager de remuer le passé ou, au contraire d’essayer de l’enterrer un peu plus profondément. Deux attitudes d’apparence contraires mais tout aussi néfastes, car que l’on fasse l’un ou l’autre de ces choix, il faudra bien toucher le cadavre au risque de s’apercevoir qu’en fait il bouge encore et que ce n’est peut-être pas sans raison que l’on avait décidé de s’en débarrasser.

Autant dire que l’on se trouve là face à un roman aussi noir que qu’accablant. S’il joue parfois un peu trop ostensiblement avec les symboles et que sa chute n’est pas vraiment une surprise, il n’en demeure pas moins que La Découronnée, dans son apparente simplicité, sans artifices, se révèle être un livre touchant et aussi cruel que peut l’être la vie. C’est en cela une réussite.

Claude Amoz, La Découronnée, Rivages, 2017. 300 p.

Publié dans Noir français

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Jean-Marc 11/05/2017 08:18

On se suit une fois de plus, je mettrai ma note en ligne ce soir ! Et on est d'accord.
Juste un détail, je crois que c'est Etoiles cannibales le dernier de Claude.

Yan 11/05/2017 08:32

Bon sang, oui! Je corrige. Merci !