Aveu de faiblesses, de Frédéric Viguier

Publié le par Yan

Yvan Gourlet a seize ans. Il est laid. Sa mère, adepte de sculpture sur beurre et tyrosémiophile (elle collectionne les boîtes de camembert), entretient méthodiquement l’obésité d’Yvan et est persuadée que ce dernier possède un don exceptionnel, une sensibilité artistique au-dessus de la moyenne qui finira bien par se révéler à un moment ou un autre. Le père d’Yvan, ouvrier dans une usine de fabrication de boulons, semble pour sa part estimer que son fils est un incapable qui lui fait honte. La honte, c’est d’ailleurs plus ou moins le quotidien d’Yvan, garçon solitaire, souffre-douleur des enfants du coin, qui se cache pour aller faire les poubelles de la cantine de l’usine pour trouver des couvercles de boîte de fromage à rapporter à sa mère. Quand il revient de ses explorations, Yvan passe devant la maison des Barral, dont les fils aiment à lui jeter des cailloux.

Et puis un jour le petit Romain Barral, huit ans, est retrouvé assassiné, le crâne fracassé. La police arrive. Elle enquête. Le voisinage évoque ce rouquin obèse et inquiétant qui traine le soir, tout seul. La mère d’Yvan le protège comme elle peut et se protège aussi. Pour ne pas révéler que son fils fouille les poubelles, elle ment sur son emploi du temps. Et Yvan, fat, incapable de se dépêtrer des mensonges de sa mère devient vite le suspect idéal. Un suspect d’autant plus idéal qu’il est aisé pour la police de lui extorquer des aveux. Et quand la machine judiciaire se met en marche, on peut facilement se faire broyer.

Récit à la première personne, Aveu de faiblesses, est un voyage dans la tête d’Yvan, ce garçon dénué d’estime de lui, influençable, soumis aux règles d’une société qu’il semble ne pas comprendre sans pour autant être un idiot. C’est d’ailleurs là l’intérêt du roman de Frédéric Viguier. Yvan comprend ce qu’il se passe, est conscient de l’impasse dans laquelle il est amené, mais est incapable d’inverser le cours des événements car il est inapte à communiquer normalement, habitué à subir. La mécanique qui se met en place, tant du côté de la police que de celui de la justice – y compris chez l’avocat chargé de la défense d’Yvan – se révèle alors implacable, effrayante. L’amateur de romans noirs pense nécessairement au Arrêtez-moi là, de Iain Levison, et le lecteur français ne peut que faire le lien avec l’affaire Patrick Dils qui semble avoir en grande partie inspiré Viguier. Tout cela est intelligemment mené et l’écriture de Frédéric Viguier, par ailleurs pas dénuée d’humour, se révèle efficace et prenante, sans affèteries mais soucieuse de coller à la personnalité, bien plus complexe que l’on a pu croire de prime abord, d’Yvan Gourlet.

Si l’on pourra regretter la fin assez attendue pour les habitués à ce genre d’histoire et qui peut par ailleurs – en ce que l’auteur élude dans le roman des éléments importants pour créer cette surprise finale – donner au lecteur l’impression de s’être fait rouler dans la farine, il n’en demeure pas moins qu’Aveu de faiblesses est un fort bon roman noir, engagé à sa manière, qui mérite bien d’être lu.

  1. Viguier, Aveu de faiblesses, Albin Michel, 2017. 216 p.

Publié dans Noir français

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Angeline 02/03/2017 13:56

très beau blog sur la littérature. j'aime venir me promener ici