Tout ce qui fait BOUM, de Kiko Amat

Publié le par Yan

Précipité vers un arbre à 111 km/h, Pànic Orfila a peu de temps pour raconter l’histoire de sa vie et des événements qui l’ont mené à cette délicate situation. C’est fou tout ce dont on peut se souvenir dans cette fraction de seconde qui précède une mort annoncée, surtout pour Pànic, adepte de la digression et des retours en arrière. Ainsi, en près de 300 pages, le lecteur a l’occasion de découvrir l’ensemble de la vie de Pànic : comment il est devenu orphelin à huit ans, comment sa grand-tante catalane Àngels, membre de l’Institut de vandalisme public, l’a élevé à l’écart de l’institution scolaire et, pour une bonne part, de la société en général, dans le culte de Max Stirner et au milieu d’une énorme bibliothèque bourrée d’ouvrages politiques et philosophiques. Une éducation qui a laissé des traces et à poussé Pànic à chercher constamment sa voie et sa place dans la société :

«C’est ainsi qu’à l’époque où j’aurais dû être en quatrième, je suis devenu futuriste, obsédé par Marinetti, la machine, le mouvement et la force. […] Je m’imaginais envahir l’Éthiopie, mais ma grand-tante m’a dit que c’était du fascisme, et que la limite était parfois floue.

Dès lors, je n’ai plus perdu de vue la limite. J’ai arrêté de me faire avoir en me croyant surréaliste alors que j’étais en fait communiste. J’ai appris consciencieusement où se trouvait la limite de chaque mouvement et de chaque isme.

Au bout d’un moment, j’en ai eu assez d’être futuriste et me suis fait dadaïste.

-Comment tu t’appelles ? me demandaient les autres enfants.

-POLU POLU EKKZA TERRRINU SAPA CADO ! leur répondais-je en hurlant.

Ensuite, invariablement, ils me couraient  après, armés de projectiles pointus et de lance-pierres. »

Rejoignant finalement le lycée, puis l’Université à Barcelone, l’excentrique Pànic demeure malgré tout un être lunaire et solitaire. Peinant à s’intégrer dans une réalité qu’il peine à appréhender faute d’avoir, malgré l’immensité de ses lectures et de ses connaissances, les clés pour nouer des relations sociales normales, il finit par se prendre de curiosité et même de passion pour un étrange groupe d’habitués fréquentant le même bar que lui et qu’il appelle les Vorticistes. Mystérieux dandys comploteurs, adoptant des attitudes aussi bizarres que les siennes, et n’hésitant pas à recourir à la violence, les Vorticistes ont tôt fait de cerner la personnalité de Pànic et surtout son profond besoin de connivence avec des personnes en lesquelles il croit ou voudrait se reconnaître et par lesquelles il désire être reconnu. Entraîné dans une histoire qui a tout de la fuite en avant, le jeune homme court avec innocence et détermination vers sa perte.

Roman doux-amer, aussi éminemment comique que triste en ce que l’attitude fantasque de Pànic Orfila dissimule bien peu le mal-être et la solitude d’un héros en quête d’une reconnaissance et d’un amour dont il a longtemps été privé, Tout ce qui fait BOUM est un de ces drôles de livres dont les éditions Asphalte ont le secret et qui se jouent des frontières des genres. Roman noir, histoire d’amour, autofiction débridée, le roman de Kiko Amat mêle allègrement ces ingrédients pour offrir en fin de compte un tout cohérent sans jamais renoncer à la fantaisie.

Kiko Amat, Tout ce qui fait BOUM (Cosas que hacen BUM, 2007), Asphalte, 2015. Traduit par Margot Nguyen Béraud. 296 p.

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Jean-Mi 31/05/2015 21:49

Salut Yan, je découvre que tu avais chroniqué Tout ce qui fait BOUM, que je lis actuellement. C'est effectivement une bombe.
Continue de faire du bon boulot et au plaisir de te revoir pour parler de polar. (même si j'ai quitté le sud pour le mid-south, Grenoble)
A bientôt,
Jean-Mi

Yan 31/05/2015 22:04

Oui, c'est un beau bouquin! Éclate-toi à Grenoble. J'ai vu que tu repartais dans la librairie ; c'est cool. Au plaisir de se voir!