Angel Baby, de Richard Lange

Publié le par Yan

Angel Baby n’échappera certainement pas aux comparaisons avec La griffe du chien. Sauf que, hormis le décor - la frontière entre le Mexique et les États-Unis du côté de Tijuana et San Diego - le roman de Richard Lange n’a pas grand-chose à voir avec celui de Don Winslow. De fait, avec ce roman noir à suspense, course-poursuite entre la femme d’un narco mexicain et les hommes de main de ce dernier, on est bien plus proche de ce que nous proposait il y a quelques temps Kem Nunn avec le très beau Tijuana Straits. Et peut-être d'ailleurs conviendra-t-il pour le lecteur recherchant à la fois de l'action, une belle écriture et du fond de se cantonner à Nunn.

Jerónimo, dit El Apache, tueur au service d'El Príncipe, à ses trousses, Luz s'enfuit donc de sa prison dorée de Tijuana pour tenter de retrouver l'enfant qu'elle a laissé derrière elle quelques années auparavant à San Diego. Son seul allié dans cette histoire sera Malone, un américain alcoolique dévasté par un drame personnel et reconverti dans le passage de clandestins pour le compte d'un coyote mexicain. 

Les pérégrinations croisées de ses personnages - d'un côté Luz et Malone, de l'autre Jerónimo et Thacker, officier pourri de la Border Patrol - confèrent au roman de Richard Lange un suspense particulièrement prenant et font d'Angel Baby un incontestablement bon page turner.

À travers cette histoire bien montée, Lange offre un portrait intéressant de la frontière car il ne se cantonne pas aux désormais habituelles histoires de narcos. Plus que sur la violence ou la cruauté d'El Príncipe, bien réelle, il s'attarde sur les clandestins, sur ceux qui veulent rêver d'une vie meilleure, sur ceux qui se retrouvent entre le marteau de la misère mexicaine et l'enclume des flics corrompus américains et des gangs californiens. La manière dont Luz conte sa première arrivée aux États-Unis dans un quartier bien loin du rêve hollywoodien qu'elle imaginait trouver tout comme le destin de Jerónimo né aux États-Unis mais destiné malgré tout à rejoindre un gang pour pouvoir s'en sortir sont parlants sur ce point. Et les scènes dans lesquelles on voit la manière dont l'Américain moyen se comporte au Mexique sont elles aussi édifiantes.

Mais il y a aussi et surtout ces quatre personnages principaux dont Lange s'applique à dresser des portraits qu'il voudrait nuancés mais qui, bien souvent, se révèlent bien trop archétypaux, comme créés spécialement pour une adaptation cinématographique. C'est là que le bât blesse.

S'il se révèle efficace, Angel Baby ne bouleverse pas ce genre qu'est désormais le roman noir de la Frontière, se contentant bien souvent de recycler de l'existant pour offrir un livre qui ravira les adeptes des courses-poursuites avec héros en quête de rédemption et méchants particulièrement pourris. Et si quelques scènes sortent du lot, si Lange arrive parfois à toucher juste et à révéler fugacement le fin écrivain qu'il est sans doute réellement, il se cantonne ici à un exercice mécanique de son métier. C'est bien fait, c'est efficace, mais ça manque d'âme. 

Richard Lange, Angel Baby (Angel Baby, 2013), Albin Michel, 2015. Traduit par Cécile Deniard.

Publié dans Noir américain

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